« Il faut petit-déjeuner... ! » - Ah bon... ?

 « Il faut manger beaucoup le matin et à midi, afin de faire le plein d'énergie pour la journée, et le soir, il faut manger plus léger » ! Qui n'a pas lu ou entendu cette phrase définitive, relayée sans cesse par les médias, les livres et les magasines écrits par les moutons de Panurge de la santé moderne ? 

 

Voilà un lieu commun indétrônable, confortablement installé au firmament des plus grosses âneries propagées sur l'alimentation ! 

 

Pourquoi est-ce une bêtise ? Tout d'abord, car ce n'est pas après avoir mangé que l'on « bénéficie » des effets des aliments, c'est après les avoir digérés. La distinction est importante. Si certains aliments, tels que les fruits et les sucres rapides, sont très vite assimilés par l'organisme, la plupart vont demander à ce dernier un effort important pour être enfin mis à disposition de notre métabolisme ; passé quelques heures.

 

Il est donc tout à fait abusif de parler d'un possible gain de « force » après avoir mangé ; en tout cas, pas sur la digestion. L'effet « booster » que l'on ressent immédiatement après l'absorption d'aliments est faussement interprété comme de nouvelles « forces ». En fait, il ne s'agit que d'une brève poussée d'énergie provoquée par du sucre, de la caféine, des aliments à assimilation rapide, ou le simple plaisir psycho-émotionnel que l'on retire de l'acte de manger. Il est d'ailleurs probable qu'il s'agisse de la résultante de tous ces facteurs réunis !

 

Nous mangeons pour prendre des forces, mais un peu plus tard, patatras, c'est le contraire qui se produit ! Les forces nous lâchent, le corps accuse le coup et nous envois un message ignoré par le plus grand nombre : Repose-toi ! Vous voyez ce que je veux dire ? Le fameux « coup de barre » de onze heures, ou de quinze heures... « Coup de barre » faussement interprété comme un besoin de nourriture, par ailleurs (c'est une fausse-faim). Et allez..., on remet donc une nouvelle couche..., alors que notre organisme implore, supplie qu'on le laisse tranquille. S'il n'est pas encore midi, on grignote quelque chose ; si c'est l'après-midi, on fait une pause-café ; et si c'est un peu plus tard, on cherche une connaissance pour prendre l'apéro...

Les peuples du Sud ont compris qu'après avoir mangé, on est pas bon à grand-chose... Très judicieusement, ils font la sieste après le repas de midi. En effet, personne n'a l'envie ni la capacité d'être actif après un repas, que ce soit intellectuellement ou physiquement. C'est ce faire violence que de s'imposer un travail durant la digestion. Nous connaissons tous ces moments de somnolence qui suivent un repas. Et pourtant, n'entendons-nous pas partout qu'il ne faut pas aller au lit le soir après un repas ? Ah bon... ? En ce qui me concerne, mon corps me suggère fortement de m'allonger pour digérer tranquillement et efficacement. Pas le vôtre ? Ça m'étonnerait. Écoliers, employés, hommes d'affaires, personne n'y échappe. A onze heures ou à quinze heures, tout le monde a déjà eu son petit coup de pompe... Heureusement, il y a la machine à café ! Ah... la machine à café ! L'outil salvateur absolu, l'éternel compagnon du travailleur, élevé il y a quelques années au rang de star de la télévision...

 

Même si tout dépend de la taille du repas, la règle est là : personne ne peut fonctionner à 100 % après avoir manger. Même un repas léger entraînera la mise en route du processus digestif qui requiert beaucoup d'énergie, une énergie qui ne sera donc plus disponible pour d'autres activités. Aussi, l'énergie dépensée pour digérer et assimiler ce que nous mangeons est d'autant plus grande que cette « nourriture » est artificielle, industrielle, transformée, éloignée des aliments simples qui poussent dans la terre ou sur les arbres.

 

C'est aussi que l'immense majorité de la population vit en état de digestion permanente tout au long de la journée, incapable de donner le meilleur d'elle-même, au moment où elle le devrait... Tout ça, simplement parce qu'un hurluberlu a, une jour, commencé à dire qu'il fallait manger le matin, un peu moins à midi et très peu le soir, pour « ne pas aller au lit sur la digestion », et que tout le monde a fini par le croire ! Rappelons que les peuples réputés pour leur santé et leur longévité prennent leur repas le plus important le soir ! La journée, ils sont actifs, vaquent à leurs occupations, cultivent leurs potagers et entretiennent leurs arbres fruitiers. Le soir, au coucher du soleil, ils se détendent et peuvent manger tranquillement, sachant que leur corps aura tout le loisir de digérer correctement pendant la soirée.

 

Chez nous, non... désolé, ça ne marche pas comme ça. Puisqu'on vous dit qu'il faut manger le matin ! De ce fait, le consensus est total : médecins, diététiciens patentés, relayés par des journalistes serviles incapables de la moindre enquête indépendante en matière de santé, tous « ceux qui savent » mieux que quiconque nous rabâcher le même discours. Le pire, c'est que ça prend ! Tout le monde les croit !

Je connais même des personnes qui se forcent à manger le matin, sans avoir faim du tout. On persiste à prendre un petit déjeuner, puis à interrompre nos activités au beau milieu de la journée pour manger à nouveau, et à remettre le couvert le soir... Tout en étant, bien évidemment, pénétrés de la certitude d'avoir bien fait en mangeant assez « pour avoir de l'énergie »...

 

Le mot déjeuner, verbe ou nom, est très ancien. Si on sait l'entendre d'ailleurs, il nous livre lui-même le secret de son étymologie : le déjeuner, c'est la rupture du jeûne ! Dé-Jeûner. Nous jeûnons durant la nuit, sur ce point, nous sommes tous d'accord. Durant le repos, notre corps exécute différentes phases d'élimination. La chronobiologie du corps humain fonctionne à peu de chose près comme suit : de minuit à six heures pour la détoxination (élimination des déchets du métabolisme) ; de six heures à midi pour la détoxication (élimination des déchets toxiques) ; et de midi à minuit pour l'assimilation. Hors, le corps humain ne peut assimiler et éliminer en même temps, il n'a pas cette capacité. De ce fait, en mangeant au levé du lit, vous interrompez la phase de détoxication, et en mangeant tard le soir, vous réduisez la phase de détoxination.

 

« Il faut manger le matin, tu dois prendre des forces » ! Voilà donc un exemple de plus de notre incapacité à être à l'écoute de notre corps et de notre penchant à succomber à la dictature des habitudes, des clichés, de toutes ces âneries venant de je ne sais où, et propagées par la plupart des médias. C'est comme la rumeur : on ne sait d'où elle vient, mais elle peut faire de gros dégâts... !

 

Philippe Gilson

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